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L'attrait de l'oubli

by Jacques Aumont

Motion picturesSocial aspectsPhilosophyCollective memory and motion picturesHistory

Le cinéma a été l?invention d?un siècle obsédé par la découverte et la maîtrise du monde visible et connaissable. De là à penser qu?il était une machine à enregistrer et à garder mémoire, il n?y avait qu?un pas, presque toujours franchi. Dans l?esprit collectif, c?est entendu: le cinéma, c?est la mémoire des choses passées (définition, par ailleurs, de l?Histoire). Dans ce bref essai, on teste l?hypothèse contraire: et si le cinéma, au fond, était plutôt une grande machine à oublier? Déguiser la réalité en la laissant envahir par des puissances d?image; lui donner une forme lacunaire, qui en laisse de côté définitivement des pans entiers; affronter la mémoire collective en la remodelant et en la vouant au grand récit, c?est-à-dire à la déformation; jouer avec le temps à ses limites. Ce n?est peut-être pas un hasard si tant de films ont repris et varié le scénario de l?amnésie. ±Seule la main qui efface peut écrire le mot juste?: l?écrivain et linguiste Bertil Malmberg avait trouvé la formule frappante, que Godard a reprise et qui convient si bien au cinéma. C?est parce qu?il est instrument d?oubli qu?il peut, finalement, jouer vraiment son rôle de mémoire des choses du monde et des

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For young readers

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